« Que nous soyons proches ou éloignés des mathématiques, nous avons toutes et tous un avis en la matière »
Du 10 mars au 30 avril 2025, CNRS Mathématiques organise une grande consultation nationale sur la place des mathématiques dans notre société. Directeur de l’institut, Christophe Besse nous en explique les objectifs.
Pouvez-vous nous présenter la genèse de votre démarche de consultation citoyenne ?
Christophe Besse : En 2022, CNRS Mathématiques a initié une réflexion sur la place des mathématiques dans la société. Ce projet inédit, dénommé « Assises des mathématiques », avait pour objectif de dresser un état des lieux, d’identifier les faiblesses et de proposer des améliorations, grâce à des témoignages d’industriels, de scientifiques d’autre disciplines, de représentants de la société civile ou encore de personnalités politiques. Aujourd’hui, nous souhaitons étendre cette réflexion auprès du grand public, des citoyennes et des citoyens.
En effet, les mathématiques sont partout et leur maîtrise est essentielle dans nos vies. Elles sont à la base de nombreuses actions du quotidien et sont capitales pour évoluer dans une société aussi numérique et mathématique que la nôtre. Les mathématiques sont également structurantes dans la formation de l’esprit critique et scientifique et permettent d’analyser des informations chiffrées et des ordres de grandeur. Elles jouent un rôle clé dans l’innovation. La France est une référence mondiale de la recherche en mathématiques, mais paradoxalement, leur enseignement et leur perception restent marqués par des inégalités et un manque d’attractivité.
C’est la raison pour laquelle CNRS Mathématiques initie une réflexion nationale pour imaginer une place ambitieuse et un accès large aux mathématiques dans la société française et lance ainsi une consultation citoyenne sur la place des mathématiques dans la société, du 10 mars au 30 avril 2025, lors de la Semaine des mathématiques, intitulée « Aux maths citoyennes, citoyens ! Grande consultation nationale ».
Comment s’organise cette consultation ?
C. B. : La consultation se décline en trois volets :
- Une consultation citoyenne en ligne pour récolter les perceptions et envies des citoyennes et citoyens au sujet des mathématiques (du 10 mars au 30 avril 2025) ;
- Des ateliers citoyennes et citoyens, organisés par toute personne souhaitant s’impliquer dans la démarche (du 10 mars au 30 avril 2025) ;
- Deux panels citoyennes et citoyens (de mai à juillet 2025) pour apporter des réponses à deux questions : comment améliorer l’accès aux mathématiques de toutes et tous à tous les âges de la vie ? quels outils et lieux de médiation pourraient aider à y contribuer ?
À la suite de cette consultation, nous nous engageons à rendre publics les résultats et porter les recommandations des citoyennes et citoyens auprès de tous nos partenaires, organisations concernées et pouvoirs publics. Ce moment de restitution devrait avoir lieu à l’automne 2025.
Quels sont les grands enjeux de cette consultation nationale ?
C. B. : Les mathématiques sont un bien culturel qu’il est essentiel de mieux partager. Nous devons les envisager comme un levier stratégique pour l’avenir de notre pays, et souhaitons pour cela donner la parole au plus grand nombre grâce à la consultation en ligne et aux ateliers citoyennes et citoyens. Que nous soyons proches ou éloignés des mathématiques, nous avons toutes et tous un avis en la matière.
CNRS Mathématiques souhaite également se concentrer sur les disparités d’accès aux mathématiques tout au long de la vie. À ce titre, les deux panels citoyennes et citoyens seront composés de personnes susceptibles d’être exposées à des formes d’exclusions en lien avec les mathématiques (liées au genre, l’origine sociale ou encore géographique).
Notre objectif est d’inviter les citoyennes et citoyens à s’emparer des mathématiques et en parler sur la place publique. C’est pourquoi, afin de toucher un maximum de répondants, la campagne de communication de la consultation, prend un ton humoristique – « Sans les maths, vos smartphones seraient beaucoup moins smart », « Sans les maths, l’intelligence artificielle aurait un tout petit QI » – et joue sur des clichés comme « Les maths, ça ne sert qu’à avoir des mauvaises notes » ou « En maths, on ne sera jamais le boss si on n’a pas la bosse ».
Si cette consultation nous permet de déconstruire ces stéréotypes, c’est d’autant plus bénéfique ! Beaucoup pensent par exemple qu’on a déjà tout découvert dans les mathématiques. C’est faux ! Les maths forment une science très dynamique. Tous les jours, des résultats de théorèmes récents sont utilisés dans la vie quotidienne, les technologies ou encore le monde médical : c’est aussi cela que nous souhaiterions mettre en avant.