Mouv’ en Santé : Le CNRS évalue la condition physique de tous et toutes

Institutionnel

Le 17 mars 2025, dans l’héritage des Jeux olympiques et paralympiques, le CNRS a lancé la plateforme de recherche participative Mouv’ en Santé pour mieux connaître l’état de la condition physique de la population en lien avec les modes de vie. Les porteurs du projet reviennent sur les enjeux de cette expérience inédite en France.

Quel est l’état de la condition physique en France aujourd’hui ? 

Olivier Rey1  : Si nous ne disposons pas encore d’un baromètre de l’engagement dans les activités physiques – ce que s’efforcera précisément de faire Mouv’ en Santé –, nous pouvons nous appuyer sur des enquêtes qui, toutes, mettent en lumière le décrochage de l’activité physique au moment de la puberté, vers 14 ans, particulièrement pour les filles. Ces dernières se désengagent car elles ne trouvent plus de sens à l’activité physique : par exemple, les clubs sportifs ne valorisent pas en premier lieu la sociabilité des rencontres qui motive particulièrement les adolescentes, sans compter les familles qui privilégient les études au sport, le temps limité dont disposent les collégiens et lycéens, la forte transformation physique à la puberté, etc.

Vincent Nougier2  : Mouv’ en Santé sera la première grande enquête nationale dédiée à ce sujet, mais quelques chiffres sur la sédentarité donnent déjà un premier état des lieux : entre 70 et 95 % de la population française est sédentaire, c’est-à-dire qu’elle passe plus de huit heures par jour assise. Au demeurant, la sédentarité n’empêche pas l’activité physique : on peut très bien travailler au bureau et rentrer chez soi à vélo.

Ce qui est délétère, c’est la combinaison de la sédentarité et de l’inactivité physique, estimée par l’OMS à moins de 150 minutes d’activité physique par semaine. À cette combinaison s’ajoute un éventail de facteurs, dont Mouv’ en Santé s’efforcera d’expliquer les intrications : l’alimentation, le sommeil, le temps d’exposition aux écrans, les déplacements motorisés ou actifs, etc.

Éric Journaux3  : En-dehors de la France, des études longitudinales sur les enfants occidentaux ont montré que la condition physique de la jeunesse a chuté de 20 à 30 % ces dernières décennies. Concrètement, cela veut dire qu’on met 20 à 30 % de temps en plus pour courir un 800 m. La dégradation de la condition physique est désormais une question de civilisation. À ce rythme, on s’oriente vers un cataclysme à venir dans une dizaine d’années avec des répercussions dramatiques sur la santé des jeunes adultes, qu’on pressent déjà aujourd’hui en constatant une augmentation de maladies précoces – comme l’obésité, le diabète de type 2 ou encore les maladies cardio-respiratoires – chez les personnes avant 40 ans.

  • 1Maître de conférences à Aix-Marseille Université au sein de l’Institut des sciences du mouvement – Étienne-Jules Marey (Aix-Marseille Université / CNRS) et responsable scientifique du projet Mouv’ en Santé.
  • 2 Professeur émérite à l’Université Grenoble Alpes et responsable scientifique du projet Mouv’ en Santé.
  • 3Inspecteur général de l’éducation, du sport et de la recherche et référent olympique et paralympique du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.
Prise de notes lors de l'évaluation des effets d’un entraînement perceptif au volleyball
Prise de notes lors de l'évaluation des effets d’un entraînement perceptif au volleyball© David VILLA / ScienceImage, CBI / CERCO / CNRS Images

Comment est née Mouv’ en Santé ? Pourquoi ce choix de la science participative ?

VN : Lors de la crise de la Covid-19 et du confinement, j’ai vu un certain nombre de collègues lancer des recherches sur le sujet. Alors chargé de mission Sport au CNRS, j’ai jugé qu’il fallait capitaliser sur ces projets épars en les fédérant. Cette crise passée, a émergé l’idée de Mouv’ en Santé , tournée vers le sport santé quand la plupart des recherches du domaine portaient, en vue des Jeux olympiques et paralympiques (JOP) de Paris 2024, sur le sport performance.

Pour lors, le projet est financé – à 90 % pour le CNRS et à 10 % dans le cadre de la Grande cause nationale1  – pour trois ans mais il vise à durer dans le temps. Nous comptons régulièrement renouveler l’enquête, une fois qu’on aura stabilisé nos outils et éprouvé une batterie de tests, de manière à suivre sur le long terme l’état de la population française.

OR : On a pu le constater à chaque précédente édition des JOP : les injonctions à bouger trente minutes par jour ne durent pas dans le temps. Or, la science participative donne un sens à cette question : avec Mouv’ en Santé, il ne s’agit pas que de remplir des questionnaires, mais également d’obtenir des retours et recommandations adaptés à sa propre condition physique. Par ailleurs, les participants pourront se réunir en groupes d’intérêt thématiques, échanger et proposer des observations innovantes et des programmes et leur suivi. 

De la sorte, nous espérons toucher toute la population française, des plus jeunes aux seniors et des citadins aux ruraux, avec ou sans affection de l’état de santé. Pour nous rapprocher des gens qui ne font pas toujours d’activité physique quotidienne, nous comptons toucher les centres médicaux, les Ehpad, les quartiers populaires ou encore des territoires ruraux pour, à terme, proposer des tests et questionnaires sur place.

EJ : Mouv’ en Santé s’inscrit dans l’héritage des JOP, qui ont été l’occasion de faire du sport une Grande cause nationale en 2024. Nous espérons profiter de l’engouement autour des Jeux et de la science participative, qui fait du citoyen l’acteur de sa propre évolution, pour obtenir un effet boule de neige : nous visons le million de participants à l’enquête d’ici trois ans et probablement trois à quatre fois plus de personnes sensibilisées dans leur entourage à ces questions.

Nous avons déjà pu mesurer l’attrait de Mouv’ en Santé lors de sa présentation publique, à l’aide de quelques tests de démonstration, sur le stand du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, soutien de ce projet, au club France, lequel a accueilli plus de 15 000 personnes durant ses 27 jours d’ouverture pendant les JOP.

Quelles disciplines scientifiques sont susceptibles de s’intéresser aux données collectées ?

VN : Mouv’ en Santé se veut participatif aussi bien pour la population française que pour la communauté scientifique. Les questions scientifiques y sont multiples et les données récoltées susceptibles d’intéresser la communauté scientifique largement. L’ensemble des scientifiques intéressés par la dégradation de la condition physique sont les bienvenus ! Les éclairages apportés par chacune des disciplines permettront de croiser les points de vue pour résoudre ce problème multifactoriel et générer de nouvelles questions de recherche.

OR : L’aspect pluridisciplinaire est au cœur du projet, car la santé se compose de plusieurs facteurs. Elle ne peut être comprise que de manière holistique puisque issue d’une interaction entre l’individu et un environnement, donc la rencontre de deux complexités. À travers cette enquête, nous souhaitons établir des liens au sein de ce système pour mieux comprendre l’état de santé des Français et ses déterminants.

  • 1Le Président de la République a décidé, lors du Conseil olympique et paralympique du 25 juillet 2022, de faire de la Grande cause nationale 2024 la toute première, en 46 ans d’existence du dispositif, dédiée à la promotion de l'activité physique et sportive.
Le stand CNRS lors de la présentation de Mouv'en Santé au club France durant les JO
Le stand CNRS lors de la présentation de Mouv'en Santé au club France durant les JO© CNRS

Les recherches sur le sport et l’activité physique au CNRS

L’enquête Mouv’ en Santé s’inscrit dans le cadre du groupement de recherche (GDR) Sports et activités physiques, créé en 2018 par le CNRS. Ce GDR a pour vocation de fédérer l’ensemble des acteurs dans une perspective de recherche pluri- et interdisciplinaire autour de toutes les recherches concernant le sport, aussi variées que les questions de matériaux, d’économie ou de psychologie, de haute et très haute performance ou d’activité physique.  Depuis cinq ans, le GDR a mis en place un programme varié d’animation de sa communauté via des webinaires, des écoles, des rencontres et autres manifestations scientifiques. Depuis début 2024, ce GDR, porté par la Mission pour les initiatives transverses et interdisciplinaires, a renouvelé ses axes de recherche : « Facteurs humains et sociaux de la haute performance », « Sports, santé et bien-être », « Sports et éducations » et « Sports, territoires et emplois ».